Le courage de décider

Urs Meier
En tant qu’arbitre de la FIFA, Urs Meier a officié lors de Coupes du monde, de Championnats d’Europe et de matchs de Ligue des champions sous le regard de millions de spectateurs. Dans ces moments où chaque décision doit être prise en quelques secondes, les conséquences peuvent être considérables.
Dans cet entretien, il explique ce que les dirigeants, les entrepreneurs et les investisseurs peuvent apprendre du rôle de l’arbitre, et pourquoi le courage d’assumer ses décisions compte davantage que la recherche de la perfection.
Veuillez noter que les opinions exprimées dans cette interview reflètent les opinions personnelles de l’invité et ne reflètent pas nécessairement celles de Rothschild & Co. L’interview a été réalisée par Laura Künlen de Rothschild & Co Wealth Management Suisse.
1.
Monsieur Meier, que peuvent apprendre les dirigeants et les investisseurs des arbitres de la FIFA, qui doivent prendre des décisions en quelques secondes sous une pression énorme ?
La leçon la plus importante est en réalité très simple : il faut prendre des décisions.
Beaucoup de gens pensent pouvoir éviter les erreurs en attendant le plus longtemps possible ou en ne se prononçant pas. Ce n’est pas vrai. L’inaction est aussi une décision – et souvent la pire.
Dans le monde des affaires, on dispose certes généralement de plus de temps que sur un terrain de football. On peut réfléchir à une décision pendant la nuit ou examiner différentes options. Mais à un moment donné, il faut se décider. Diriger, c’est en fin de compte assumer ses responsabilités et choisir une voie.
J’ai un jour donné des conférences en collaboration avec un spécialiste du cerveau. Il expliquait comment les gens prennent des décisions, tandis que je parlais de mes expériences sur le terrain. Ce que j’en ai retenu, c’est que les meilleures décisions naissent souvent lorsqu’on examine soigneusement différentes options, qu’on les réduit à deux ou trois possibilités, puis qu’on y réfléchit une nuit. Le lendemain matin, on prend la décision – sans en rediscuter sans fin.
Et j’ai appris autre chose dans le football : celui qui ne prend pas de décision en assume tout de même la responsabilité.
2.
Cela suppose d’être prêt à se tromper.
Exactement. De nombreux dirigeants craignent de prendre une mauvaise décision. Derrière cela se cache souvent la crainte de perdre leur réputation, leur influence, voire leur poste.
Or, je constate sans cesse le contraire. Les gens font confiance aux dirigeants qui assument leurs responsabilités et sont capables de dire :
« À l’époque, je pensais que c’était la bonne voie. Aujourd’hui, je me rends compte que je me suis trompé. »
Celui qui aborde ses erreurs avec honnêteté gagne en crédibilité.
Je compare souvent cela à un embranchement. Un groupe attend que quelqu’un décide s’il faut continuer à gauche ou à droite. Si le dirigeant reste simplement immobile, cela crée de l’incertitude. En revanche, s’il choisit une voie et constate plus tard qu’elle était erronée, il peut faire demi-tour et dire : « Je me suis trompé. Essayons autre chose. »
En général, les gens acceptent plus facilement les erreurs que le manque d’orientation.