Leçons tirées du terrain
7.
Peu de métiers sont autant sous les feux de la rampe que celui d’arbitre. Comment avez-vous développé la résilience nécessaire pour faire face aux critiques ?
Cela a pris du temps.
Les deux premières années, pratiquement chaque critique me touchait en plein cœur. À un moment donné, j’ai appris à prendre un peu de recul. J’aime appeler cela « l’effet tunnel du Gothard » : la critique entre par devant et ressort par derrière. Je n’y suis jamais tout à fait parvenu. Il y a toujours eu des situations qui m’ont préoccupé.
8.
Qu’est-ce qui vous a aidé ?
La confiance en mes propres capacités.
Mais cette confiance ne vient pas toute seule. Il faut remplir son sac à dos.
Pour un arbitre, ce sac à dos doit contenir trois choses : la connaissance des règles, la condition physique et la compréhension du football. Si ces bases font défaut, on perd ses repères dans les moments décisifs.
Il en va de même pour les dirigeants. La compétence professionnelle, l’expérience et la préparation constituent les fondements qui permettent de rester solide, même dans les situations difficiles.

9.
Qu’est-ce que le football vous a appris sur la gestion de la diversité et de la complexité dans des contextes internationaux ?
Que la communication est essentielle.
Chaque personne est différente. Chaque culture est différente. Un Anglais communique différemment d’un Italien, un Turc différemment d’un Scandinave.
Pour diriger des personnes, il faut comprendre à quel type de personnalité on a affaire. Tout le monde ne réagit pas de la même manière à un même discours.
« Ce qui m’a toujours fasciné dans le football, c’est précisément cette diversité. Quand on comprend comment fonctionnent des personnes différentes, on peut beaucoup mieux les rassembler et atteindre un objectif commun. »
10.
En d’autres termes : une bonne communication commence par la compréhension de la personne en face de soi ?
Tout à fait.
Beaucoup de gens recherchent des recettes toutes faites en matière de leadership. Mais les gens ne fonctionnent pas selon un modèle unique.
Pour diriger avec succès, il faut d’abord comprendre à qui on a affaire. Ce n’est qu’alors qu’on peut trouver le bon langage et instaurer la confiance. Cela vaut aussi bien sur un terrain de football que dans le monde des affaires.
11.
En vue de la prochaine Coupe du monde, quelles évolutions suivez-vous avec un intérêt particulier ?
Je suis impressionné par le nombre de petites nations capables aujourd’hui de rivaliser au plus haut niveau.
Des équipes dont on n’aurait guère attendu grand-chose autrefois créent régulièrement la surprise.
Parallèlement, la question de l’équité continue de me préoccuper. Le football dispose aujourd’hui de technologies dont nous ne pouvions que rêver autrefois. Pourtant, il y a toujours des situations qui suscitent des débats. Cela révèle en fin de compte quelque chose de très humain : même avec les meilleures informations et les meilleurs outils techniques, le jugement reste déterminant. Il n’y a pas de décisions parfaites. L’essentiel, c’est d’être prêt à les prendre.